Récupérateurs et récupératrices de matériaux

Waste pickers in IndiaDes millions de personnes à l’échelle du monde gagnent leur vie en ramassant, triant, recyclant et vendant des matériaux jetés par d’autre. Des intervenants cruciaux de l’économie informelle, les récupératrices et récupérateurs de matériaux apportent de nombreux bienfaits à leur communauté, leur municipalité et l’environnement. Dans plusieurs pays, les récupératrices et récupérateurs de matériaux sont seuls à faire la collecte de déchets solides.

Malgré cela, ils gardent un faible statut social, endurent des conditions de vie et de travail déplorables et reçoivent peu de soutien de la part des gouvernements locaux.

Définition des récupératrices et récupérateurs de matériaux

Le terme « récupératrices ou récupérateurs de matériaux » peut se définir au sens large pour désigner les personnes qui récupèrent « les matériaux réutilisables et recyclables à partir d’articles jetés par d’autres comme déchets » (Samson 2009). Les récupératrices et récupérateurs de matériaux ont de multiples visages et peuvent aller de personnes appauvries qui fouillent dans les déchets à la recherche de nécessités de base telles que la nourriture, jusqu’aux collectionneurs d’objets recyclables qui vendent aux intermédiaires ou aux entreprises, ainsi qu’aux ramasseuses et ramasseurs et trieuses et trieurs organisés qui sont associés à des syndicats, coopératives ou associations. À travers ce site Web, le terme « récupérateurs de matériaux » décrit ceux et celles qui font le ramassage et le triage primaires des déchets.

Les récupératrices et récupérateurs de matériaux peuvent récupérer les déchets ménagers au bord de la rue, dans les bennes à rebuts commerciaux et industriels, ou dans les rues et les voies d’eau urbaines. Certains vivent et travaillent dans les décharges municipales – jusqu’à 20 000 personnes à Kolkata en Inde, et 15 000 à Mexico au Mexique (Medina 2005).

D’autres récupératrices et récupérateurs de matériaux travaillent comme trieuses et trieurs dans les entrepôts de recyclage ou en tant que transformateurs dans les usines de recyclage opérées par des organisations de base.

Lors de la Première conférence mondiale des récupérateurs de matériaux en 2008, le terme anglais « waste pickers » a été adopté dans le but de faciliter le réseautage mondial : on le préfère d’ailleurs aux termes dérogatoires tels que « charognard ». Par ailleurs, d’autres langues ont adopté leur propre terme, soit « catadores » en portugais et « recicladores » en espagnol (avec des variations selon les pays).

Peu importe les différentes catégories ou les divers pays et régions du monde, le secteur du recyclage des déchets a certaines caractéristiques communes :

  • Les travailleuses et travailleurs sont assujettis à la marginalisation sociale, font face aux conditions de travail pénibles et sont souvent harcelés.
  • Le secteur de récupération de matériaux réagit fortement aux conditions du marché des articles recyclables.
  • La récupération de matériaux est souvent une entreprise familiale, qui offre des heures de travail souples (permettant aux femmes de participer) et une grande adaptabilité.
  • Dans certaines villes, la plupart des récupératrices et récupérateurs de matériaux sont des migrants (p. ex. à Delhi, les récupératrices et récupérateurs de déchets viennent souvent du Bangladesh). Ailleurs, ils sont susceptibles d’appartenir à des groupes marginalisés ou d’être exclus des processus économiques mondiaux.
  • La récupération de matériaux semble être un travail chaotique, mais en fait il est très bien organisé.
  • Le nombre de récupératrices et récupérateurs de matériaux varie en raison des conditions économiques et des processus urbains.
  • Les récupératrices et récupérateurs de matériaux sont souvent exclus des systèmes publics de gestion des déchets solides; ils sont socialement invisibles et rarement représentés dans les statistiques officielles.
  • La récupération de matériaux s’apprend facilement et n’exige pas normalement d’être alphabétisé. Cependant, lorsque les travailleuses et travailleurs œuvrent de façon collective, certaines activités (par exemple, les tâches administratives) exigent de l’être.
  • Les récupératrices et récupérateurs de matériaux non organisés sont souvent recrutés par des intermédiaires.

Ampleur et importance

Contributions des récupératrices et récupérateurs de matériaux

La récupération de matériaux est de plus en plus importante compte tenu des efforts environnementaux à l’échelle planétaire et du développement des villes. Il existe une reconnaissance croissante du fait que les récupératrices et récupérateurs de matériaux contribuent aux économies locales, à la santé et la sécurité publiques et à la durabilité de l’environnement. Malheureusement, cette reconnaissance est rarement exprimée par les autorités.

  • La santé et l’hygiène publiques s’améliorent lorsque les récupératrices et récupérateurs de matériaux opèrent en zones urbaines non desservies par un service municipal de collecte des déchets.
  • Les dépenses municipales sont réduites à travers la subvention informelle des systèmes de gestion des déchets solides. Dans de nombreuses villes, les récupératrices et récupérateurs de matériaux fournissent le seul service de collecte de déchets. Selon une publication onusienne de 2010, les récupératrices et récupérateurs de matériaux fournissent entre 50 et 100 pour cent de tous les services de collecte de déchets dans la plupart des villes des pays en développement – sans engendrer de frais pour le budget municipal. Pour en savoir plus long sur les économies réalisées dans ces villes, consulter Waste Pickers & Solid Waste Management (disponible en anglais seulement).
  • L’environnement en profite lorsque les récupératrices et récupérateurs de matériaux réacheminent une quantité importante de matériaux du flux des déchets. Selon une étude menée en 2007 par l’Agence Allemande de Coopération Technique et le Collaborative Working Group on Solid Waste Management in Low and Middle Income Countries (GTZ/CWG), les récupératrices et récupérateurs de matériaux collectaient environ 20 pour cent de tous les déchets dans trois des six villes étudiées. Dans une des villes, le taux était encore plus élevé à cause de la collecte de matières organiques pour nourrir les porcs (GTZ/CWG 2010).
  • La réutilisation et le recyclage réduisent la quantité de matériaux vierges requise pour la production, contribuant à la conservation des ressources naturelles et de l’énergie tout en réduisant la pollution de l’air et de l’eau. La récupération des matériaux recyclables et des matières organiques contribue à réduire les gaz à effet de serre et à l’atténuation de l’impact des changements climatiques.
  • Des moyens de subsistance sont créés pour les récupératrices et récupérateurs de matériaux et pour ceux qui recyclent les matériaux – généralement très pauvres et n’ayant peut-être pas d’autres possibilités de travail. Bon nombre sont des femmes, et certains des enfants. Le fait de pénaliser cette activité nuit aux mesures de réduction de la pauvreté.

Forces motrices et conditions de travail

Waste pickersPour de nombreuses personnes habitant les pays en développement, surtout celles dont l’éducation et les possibilités sont limitées, la récupération de matériaux offre un moyen de subsistance. L’horaire de travail souple permet aux femmes d’y participer malgré leurs responsabilités familiales.

Le travail des récupératrices et récupérateurs de matériaux est en train d’acquérir une importance particulière en tant que possibilité d’emploi pour les personnes ayant peu d’éducation et de compétences dans le contexte de crise économique actuelle.

Revenus

Les revenus des  récupératrices et récupérateurs de matériaux varient beaucoup selon la région et le genre de travail effectué, ainsi qu’entre les femmes et les hommes. Par exemple, à Belgrade, les récupératrices et récupérateurs de matériaux peuvent gagner 100 $US par mois en moyenne (Simpson-Hebert et al. 2006), tandis qu’au Cambodge, le revenu peut être aussi faible qu’un dollar par jour (BIT/IPEC 2004). À Santa Cruz en Bolivie, environ 59 pour cent des récupératrices et récupérateurs de matériaux gagnent moins que le salaire minimum. Cependant, bien que la récupération de matériaux se situe au bas de l’échelle du recyclage en termes de rétribution dans de nombreux endroits, il peut aussi arriver que ces travailleuses et travailleurs gagnent plus que le salaire minimum. Au Brésil, la base de données RAIS démontre qu’un tiers (34 pour cent) des récupératrices et récupérateurs de matériaux gagnent de 1 à 1,5 fois le salaire minimum, 20 pour cent entre 1,5 à 2 fois le salaire minimum; 18 pour cent entre 2 et 3 fois le salaire minimum; et 7 pour cent entre 3 à 4 fois le salaire minimum (Crivellari et al. 2008).

Une analyse comparative des données du RAIS selon le sexe a conclu que les hommes gagnent beaucoup plus que les femmes dans tous les groupes d’âge (Crivellari et al. 2008). Dans les groupes d’âge ayant des revenus plus élevés, parmi ceux qui reçoivent entre 3 et 4 fois le salaire minimum, 98 pour cent sont des hommes. Cette disparité se manifeste aussi parmi les groupes qui reçoivent entre 4 et 5 fois le salaire minimum (dont seulement 5 pour cent sont des femmes), entre 5 et 7 fois le salaire minimum (dont 3 pour cent sont des femmes) et entre 7 et 10 fois le salaire minimum (dont 6 pour cent sont des femmes). On ne retrouve aucune femme parmi les groupes dont les revenus sont les plus élevés, soit ceux qui gagnent entre 10 et 15 fois et plus de 20 fois le salaire minimum.

Risques envers la santé

La manutention des déchets pose de nombreux risques envers la santé des travailleuses et travailleurs. Ces risques sont encore plus élevés dans le cas des travailleurs informels vu leur exposition quotidienne aux contaminants et aux matières dangereuses. Les risques comprennent le contact avec les matières fécales, le papier saturé de substances nocives, les bouteilles et les contenants avec des résidus chimiques, les déchets médicaux, les seringues contaminées et les métaux lourds provenant des batteries (Cointreau 2006). La protection inadéquate des travailleuses et travailleurs et le manque d’accès aux soins de santé ne font qu’exacerber les risques.

Risques de blessure

Les récupératrices et récupérateurs de matériaux sont exposés à un risque plus élevé de blessure, surtout celles et ceux qui travaillent dans les décharges à ciel ouvert qui peuvent être renversés par les camions ou être victimes d’un affaissement de la surface, de glissements de terrain et d’incendies. Ils sont aussi exposés à de grandes quantités d’émanations toxiques.

Les récupératrices et récupérateurs de matériaux endurent aussi des dangers ergonomiques tels que le soulèvement d’objets lourds, une posture statique et des mouvements répétitifs, et peuvent avoir une incidence élevée de douleurs lombaires et de douleurs aux membres inférieurs. Certaines études indiquent une prévalence plus élevée de troubles psychiatriques mineurs parmi les récupératrices et récupérateurs de matériaux, sans doute en raison des conditions de travail stressantes(Da Silva et al. 2006).

À travers son Programme de protection sociale, WIEGO a entrepris un projet de recherche de trois ans portant sur la santé et sécurité au travail pour les travailleuses et travailleurs informels, y compris les récupératrices et récupérateurs de matériaux. Cela comprend une collaboration avec les organisations de base et les partenaires afin d’établir comment favoriser la santé et sécurité au travail de sorte à mieux satisfaire les besoins des travailleuses et travailleurs informels.

Harcèlement, manque de respect et violence

Traités de nuisance par les autorités et attirant le dédain du public, les récupératrices et récupérateurs de matériaux sont normalement exclus des processus politiques publics et souffrent souvent d’une faible estime d’eux-mêmes et d’un statut social peu élevé. Ils sont particulièrement vulnérables à la violence policière. Ils peuvent être victimes d’exploitation et d’intimidation par les intermédiaires, ce qui a une incidence sur leur revenu. Les nombreuses femmes qui participent à cette activité sont tout spécialement affectées par les politiques d’exclusion visant les récupératrices et récupérateurs de matériaux.

Les tendances récentes – telles que la privatisation des services municipaux de gestion des déchets solides, les approches mondiales envers l’atténuation des changements climatiques et la récession mondiale – ont exacerbé la situation pour certains récupératrices et récupérateursde materiaux :

  • La privatisation des services de gestion des déchets solides menace la communauté des récupératrices et récupérateurs de matériaux zabaleen au Caire en Égypte et les récupératrices et récupérateurs de matériaux à Delhi en Inde.
  • Les approches mondiales envers l’atténuation des changements climatiques, telles que le financement des incinérateurs et les installations de production d’énergie à partir des déchets (en faisant brûler des matériaux que recycleraient autrement les récupératrices et récupérateurs de matériaux), entravent le travail de ces derniers plutôt que de l’encourager.
  • La récession mondiale a durement frappé les récupératrices et récupérateurs de matériaux. Selon la recherche menée par WIEGO et ses partenaires dans le cadre du projet Villes inclusives, la crise économique a provoqué une chute de la demande pour les matériaux récupérés, et une réduction marquée de leur prix. Pour obtenir plus d’information à ce sujet, consultez la page L’économie informelle/Liens avec l’économie informelle.

Politiques et programmes

Malgré les bénéfices considérables qu’apportent les récupératrices et récupérateurs de matériaux en matière de santé publique, ils continuent à souffrir de mauvaises conditions de travail sans être reconnus. De plus, la majorité des récupératrices et récupérateurs de matériaux à l’échelle du monde n’ont pas accès aux régimes de protection sociale parrainés par l’État. Cependant, les choses changent tranquillement.

Les organisations de base qui représentent les récupératrices et récupérateurs de matériaux et d’autres entités progressistes sont en train d’aider les villes à reconnaître le rôle vital que jouent les récupératrices et récupérateurs de matériaux, et d’encourager les autorités à développer des politiques plus progressistes. Les villes telles que Belo Horizonte au Brésil, Lima au Pérou et Pune en Inde sont en train d’élaborer des politiques qui intègrent les récupératrices et récupérateurs de matériaux à la collecte sélective de déchets.

Plus de récupérateurs et récupératrices se verront rémunérer en Colombie

En 2017, les membres de quatre organisations colombiennes, qui représentent plus de 850 récupérateurs et récupératrices de matériaux, ont commencé à toucher des paiements pour la collecte, le transport et le recyclage de matériaux. En clair, les récupératrices et récupérateurs qui appartiennent à ces organisations sont maintenant payés, tous les mois, pour les services qu’ils fournissent, de quoi alors leur assurer un revenu régulier et un statut reconnu.

Jusqu’ici, seuls les membres des organisations de de Bogota se sont vus ainsi reconnus et rémunérés. Les bonnes nouvelles qu’est cette évolution sont loin de s’arrêter en 2018. En avril, les membres de dix organisations en Colombie ont reçu un paiement. Cette victoire concrétise la longue lutte des récupératrices et récupérateurs organisés en Colombie. Menée par l’Association des récupérateurs de Bogotá (ARB) et l’Association nationale des récupérateurs (ANR), cette lutte a conduit à la décision de la Cour constitutionnelle de 2011 selon laquelle les récupérateurs doivent être reconnus et rémunérés. Dans ce combat, les récupératrices et récupérateurs ont bénéficié du soutien technique de WIEGO.

La récupération des matériaux réutilisables et recyclables en Afrique – Un examen critique
de la documentation anglaise
– Melanie Samson

Organisation et voix

Waste pickersLes récupératrices et récupérateurs de matériaux, connus plutôt pour leur indépendance et leur individualisme, sont de plus en plus motivés à s’organiser et à lutter pour être reconnus et pour obtenir une place au sein des systèmes formels de gestion des déchets. Ils ou elles sont organisés de plusieurs façons : en coopératives, en associations, en entreprises, en syndicats et en micro-entreprises. Certains forment même des organisations accueillant seulement les femmes pour mieux lutter contre l’inégalité entre les sexes. Des travaux de recherche ont démontré que les femmes sont plus susceptibles d’être membres de ces organisations – une étude à petite échelle menée au Brésil a constaté que 56 pour cent des membres d’organisations, de coopératives et d’associations de récupérateurs de matériaux étaient des femmes1.

Avantages liés à l’organisation

Le fait de s’organiser confère aux récupératrices et récupérateurs de matériaux les avantages suivants :

  • rehausse le statut social et l’estime de soi
  • accroît les revenus des membres et améliorant leur qualité de vie, en contournant les intermédiaires entre autres
  • améliore les conditions de travail et contribue à une meilleure santé
  • facilite le développement de réseaux
  • fournit des cadres institutionnels pour l’embauche des récupératrices et récupérateurs de matériaux par des entreprises et des entités locales
  • prévient le harcèlement et la violence
  • contribue à éliminer le travail des enfants dans le secteur de la récupération de matériaux

Le fait de forger des liens de solidarité à travers les continents constitue une stratégie importante. Les récupératrices et récupérateurs de matériaux ont augmenté leur réseautage mondial depuis la Première conférence mondiale des récupérateurs de matériaux en 2008 à Bogota en Colombie. Le réseautage fait valoir les réussites et inspire des mouvements émergents, aidant à développer les organisations.

La portée et l’ampleur de l’organisation des récupératrices et récupérateurs de matériaux varient selon le pays et la région.


1 Les données ont été recueillies en 2007 par CATAUNIDOS, un réseau commercial de neuf entreprises coopératives dans la Région métropolitaine de Belo Horizonte et publiées dans INSEA (Instituto Nenucia De Desenvolvimento Sustentável).Perfil sócio-econômico dos catadores da rede Cataunidos. Belo Horizonte : INSEA/UFMG/FELC, 2007. 31 p. Relatório.